Le Machu Picchu est un site inca du XVe siècle, perché sur une crête à environ 2 430 mètres d’altitude, à quelque 80 kilomètres au nord-ouest de Cusco, au Pérou. La plupart des archéologues s’accordent à dire qu’il fut construit comme domaine royal pour l’empereur Pachacutec, occupé pendant environ un siècle, puis discrètement abandonné à l’époque de la conquête espagnole.
Voici l’histoire derrière les pierres : qui a bâti la citadelle, à quoi elle servait, pourquoi les Incas l’ont quittée et comment un conférencier de Yale l’a rendue mondialement célèbre en 1911. Si vous préparez un voyage et avez besoin d’informations sur les billets, les trains et les circuits, lisez en complément notre guide pratique du Machu Picchu.
Qui a construit le Machu Picchu, et quand ?
Le Machu Picchu fut bâti par les Incas, dont l’empire, le Tawantinsuyu, est passé de la région de Cusco au plus vaste État de l’Amérique précolombienne au cours du XVe siècle. Le site est étroitement lié à Pachacutec (Pachacutec Inca Yupanqui), le souverain à qui l’on attribue la transformation d’un royaume régional en empire. Des documents fonciers de l’époque coloniale, étudiés par les historiens, décrivent la zone comme faisant partie de son domaine personnel.
Pendant des décennies, la date de construction généralement admise était vers 1450, d’après des chroniques espagnoles situant l’accession au pouvoir de Pachacutec en 1438. En 2021, une équipe dirigée par l’archéologue de Yale Richard Burger a publié des datations au radiocarbone réalisées sur des restes humains fouillés sur le site en 1912. Les résultats, rapportés dans la revue Antiquity, montrent que le Machu Picchu fut occupé d’au moins 1420 environ jusqu’à 1530 environ, ce qui laisse penser que le site comme le règne de Pachacutec ont commencé plus tôt que ne le prétendaient les chroniques.
À quoi servait le Machu Picchu ?
Le Machu Picchu n’était pas une ville au sens moderne, et il n’a jamais été une capitale. Le consensus actuel est qu’il servait de domaine royal : un palais de campagne où l’empereur, sa famille et ses invités pouvaient séjourner, prier et organiser des cérémonies, avec le soutien d’un personnel résident de serviteurs, d’artisans et d’agriculteurs. Les estimations de sa population se chiffrent généralement en centaines de personnes plutôt qu’en milliers.
La religion était au cœur de sa conception. Rochers sacrés, sanctuaires et vues soigneusement cadrées sur les sommets environnants relient l’architecture aux montagnes que vénéraient les Incas. Les théories plus anciennes, notamment celle d’un couvent pour des « femmes élues » ou du dernier refuge des Incas, ont été largement écartées, même si les spécialistes débattent encore de la fréquence à laquelle l’empereur l’utilisait réellement.
- Retraite royale : le domaine de Pachacutec et de sa lignée, utilisé de façon saisonnière plutôt que toute l’année.
- Centre religieux : temples, sanctuaires et affleurements sculptés liés au soleil et aux montagnes sacrées.
- Repères astronomiques : certaines fenêtres et certaines pierres semblent suivre les solstices, dans le cadre d’un calendrier rituel.
- Exploitation agricole : les terrasses produisaient des cultures, tandis que l’essentiel de la nourriture provenait probablement aussi des vallées en contrebas.
L’ingénierie inca : comment la citadelle fut construite
Les bâtisseurs utilisèrent du granite local, extrait sur la crête elle-même. Les temples et édifices royaux les plus raffinés sont en appareil de pierre de taille : des blocs taillés et polis avec une telle précision qu’ils s’assemblent sans mortier. Les bâtiments plus ordinaires emploient des pierres brutes plus grossières liées à l’argile. Les murs à joints secs, aux parements légèrement inclinés vers l’intérieur et aux portes et fenêtres trapézoïdales, sont réputés aider les édifices à résister aux séismes fréquents de la région.
Une grande partie de l’ingénierie est invisible. Une large part de l’effort de construction est passée sous terre, dans les fondations, les remblais et le drainage, car la crête reçoit de fortes précipitations. Les terrasses furent aménagées en couches de pierre, de gravier et de terre afin que l’eau s’écoule au travers plutôt que d’emporter les pentes, et un canal acheminait l’eau d’une source jusqu’à une série de fontaines de pierre. Ce travail caché est l’une des principales raisons pour lesquelles le site a survécu à des siècles d’abandon dans un environnement humide et escarpé.
Principales structures et leur signification
Le site compte environ 200 structures disposées sur des niveaux en terrasses, réparties grosso modo entre un secteur agricole et un secteur urbain comprenant des zones religieuses, royales et résidentielles. Quelques bâtiments portent l’essentiel de l’histoire.
Temple du Soleil (Torreón)
Cette tour semi-circulaire enveloppe un grand rocher naturel. L’une de ses fenêtres est alignée de sorte que la lumière du soleil tombe sur la pierre sculptée de l’intérieur autour du solstice de juin, le moment le plus important de l’année solaire inca. En dessous se trouve une grotte, souvent appelée la Tombe royale, ornée d’une maçonnerie fine et de niches, bien qu’aucune sépulture royale n’y ait été découverte.
Temple des Trois Fenêtres
Faisant face à la place Sacrée, cette salle est construite en imposants blocs polygonaux percés de trois fenêtres trapézoïdales ouvrant à l’est sur la vallée. À proximité se dresse le Temple principal, dont les murs ont bougé à mesure que le sol s’affaissait, rappel que même les bâtisseurs incas luttaient contre la montagne.
La pierre Intihuatana
Sur une petite colline au-dessus de la place se trouve un affleurement de granite sculpté connu sous le nom d’Intihuatana, souvent traduit par « poteau d’attache du soleil ». Sa fonction exacte est incertaine, mais elle est largement interprétée comme une pierre rituelle et calendaire. De nombreuses pierres semblables ailleurs furent détruites par des prêtres espagnols comme idolâtres, ce qui rend celle-ci particulièrement précieuse. Elle est protégée, et il est interdit de la toucher.
Les terrasses agricoles
Les larges terrasses du côté sud donnent au Machu Picchu sa célèbre silhouette en gradins. Elles stabilisaient les pentes, maîtrisaient le ruissellement et créaient des surfaces planes pour des cultures comme le maïs et les pommes de terre. Des entrepôts proches des terrasses conservaient les récoltes du domaine.
Pourquoi le Machu Picchu fut abandonné
Le Machu Picchu fut abandonné environ un siècle après sa construction. Les raisons exactes ne sont pas documentées, mais elles sont liées à l’effondrement de l’État inca. Des épidémies de maladies européennes comme la variole se propagèrent dans les Andes avant même l’arrivée des Espagnols, une guerre civile entre les héritiers royaux Huáscar et Atahualpa divisa l’empire, et la conquête de Francisco Pizarro commença en 1532.
Un domaine royal dépendait de la lignée royale qui le possédait et de la main-d’œuvre fournie par le système impérial. Quand les deux disparurent, il n’y avait guère de raison d’entretenir un palais de montagne isolé. Rien ne prouve que les Espagnols aient jamais atteint le site, ce qui explique en partie qu’il ait échappé au pillage et à la destruction subis par les temples de Cusco.
La redécouverte de 1911 et Hiram Bingham
Le Machu Picchu n’a jamais été véritablement perdu pour les habitants de la région. Des agriculteurs cultivaient certaines de ses terrasses, et un fermier de Cusco nommé Agustín Lizárraga le visita en 1902 et laissa son nom au charbon sur le temple des Trois Fenêtres. Le 24 juillet 1911, l’explorateur américain Hiram Bingham III, alors conférencier à Yale, fut conduit sur la pente par un habitant, Melchor Arteaga, et un sergent de police péruvien. Deux familles d’agriculteurs vivant sur les terrasses lui montrèrent les ruines.
Bingham revint en 1912 avec le soutien de Yale et de la National Geographic Society, dégagea la végétation, photographia le site et fouilla des sépultures. Ses images, publiées par National Geographic, rendirent le Machu Picchu célèbre dans le monde entier. Il croyait avoir trouvé Vilcabamba, le dernier refuge des Incas, mais cette cité fut identifiée plus tard à Espíritu Pampa, plus loin dans la jungle.
Des milliers d’objets issus des expéditions de Bingham furent envoyés à Yale pour étude. Après un long différend, Yale restitua la collection au Pérou par étapes entre 2011 et 2012, et elle est désormais conservée à Cusco.
S’appelait-il vraiment Machu Picchu ?
Machu Picchu signifie « vieille montagne » (ou « vieux sommet ») en quechua et désigne le sommet situé au sud des ruines. Une étude de 2022 de l’historien Donato Amado Gonzales et de l’archéologue Brian Bauer, fondée sur les notes de Bingham, des cartes anciennes et des documents coloniaux, soutient que les Incas appelaient la localité Picchu ou Huayna Picchu, d’après le sommet le plus proche, et que le nom moderne ne s’est imposé qu’à partir de 1911.
Chronologie de l’histoire du Machu Picchu
| Date | Événement |
|---|---|
| vers 1420 | Première occupation attestée par la datation au radiocarbone de 2021 |
| XVe siècle | Construction du domaine pour l’empereur inca Pachacutec |
| 1532 | Début de la conquête espagnole de l’Empire inca |
| vers 1530-1570 | Abandon progressif du site |
| 1902 | Agustín Lizárraga laisse son nom sur le temple des Trois Fenêtres |
| 24 juillet 1911 | Hiram Bingham atteint les ruines avec des guides locaux |
| 1983 | Inscription du sanctuaire historique du Machu Picchu par l’UNESCO |
| 2007 | Désigné parmi les sept nouvelles merveilles du monde |
| 2011-2012 | Yale restitue la collection Bingham au Pérou |
Voir l’histoire lors de votre visite
Le Machu Picchu fait partie d’un sanctuaire historique classé à l’UNESCO qui protège à la fois les ruines et la forêt de nuages environnante. Les visites suivent des circuits fixes, à sens unique, avec des créneaux horaires, et tous les circuits ne passent pas devant chaque bâtiment décrit ci-dessus. Consultez les parcours en vigueur sur le site officiel du Machu Picchu avant de réserver si une structure en particulier vous tient à cœur.
- Engagez un guide agréé. Une grande partie de l’histoire reste invisible sans contexte, et un bon guide vous signalera des alignements et des styles de maçonnerie devant lesquels vous passeriez sans les voir.
- Visitez d’abord les musées de Cusco. Les objets restitués par Yale s’y trouvent désormais, et les fondations incas de la ville vous aident à lire l’architecture du Machu Picchu.
- Respectez les règles. Ne grimpez pas sur les murs, ne touchez pas les pierres sculptées et ne quittez pas l’itinéraire balisé ; le site est fragile et très fréquenté.
- Organisez la logistique séparément. Pour les billets, les trains, les bus et le chemin de l’Inca, consultez notre guide pratique du Machu Picchu.
Si les civilisations anciennes des Amériques vous fascinent, les basses terres amazoniennes à l’est des Andes recèlent une tout autre histoire, celle de colonisations anciennes révélées par le LiDAR, et vous pouvez explorer davantage le continent dans nos guides de l’Amérique du Sud.
FAQ sur l’histoire du Machu Picchu
Qui a construit le Machu Picchu ?
Les Incas ont construit le Machu Picchu au XVe siècle. La plupart des archéologues l’attribuent à l’empereur Pachacutec, qui fit de l’État inca un empire, et des documents coloniaux décrivent le terrain comme faisant partie de son domaine personnel. La main-d’œuvre provenait de travailleurs organisés par le système de travail par rotation de l’État inca.
Quel âge a le Machu Picchu ?
La datation au radiocarbone publiée en 2021 montre que le site fut occupé d’au moins 1420 environ jusqu’à 1530 environ. Le Machu Picchu a donc quelque 600 ans, soit quelques décennies de plus que la date traditionnelle d’environ 1450 tirée des chroniques espagnoles.
À quoi servait le Machu Picchu ?
Il s’agissait très probablement d’un domaine royal : un palais de campagne et une retraite religieuse pour Pachacutec, sa famille et ses invités. Il comptait des temples, des sanctuaires, des résidences royales, des logements pour les travailleurs, des entrepôts et des terrasses agricoles. Ce n’était ni une capitale ni une grande ville, et il abritait probablement plusieurs centaines de personnes.
Pourquoi les Incas ont-ils abandonné le Machu Picchu ?
Aucun document ne l’explique directement, mais l’abandon a suivi l’effondrement de l’État inca au XVIe siècle. Les maladies européennes, une guerre civile entre héritiers royaux et la conquête espagnole ont fait disparaître à la fois les propriétaires royaux et le système de main-d’œuvre qui faisait vivre un domaine isolé.
Hiram Bingham a-t-il découvert le Machu Picchu ?
Pas au sens d’avoir trouvé quelque chose d’inconnu. Des agriculteurs locaux vivaient sur les terrasses et les cultivaient, et Agustín Lizárraga les avait visitées en 1902. Bingham, qui y fut conduit en 1911, attira l’attention internationale sur le site grâce à son expédition de 1912, à ses photographies et à ses publications.
Les Espagnols ont-ils jamais trouvé le Machu Picchu ?
Rien ne prouve que les conquistadors espagnols aient atteint le Machu Picchu. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles ses temples et ses pierres sacrées, dont l’Intihuatana, ont survécu en grande partie intacts, alors que de nombreux sites religieux incas ailleurs furent démantelés ou recouverts de constructions.
Que signifie le nom Machu Picchu ?
En quechua, Machu Picchu signifie « vieille montagne » et désigne le sommet situé au sud des ruines. Une étude de 2022 soutient que les Incas appelaient en réalité la localité Picchu ou Huayna Picchu, c’est-à-dire « jeune montagne », d’après le sommet qui se dresse juste derrière.



